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Le Street art est un art strictement visuel développé dans les espaces publics (ou en d’autres mots, dans les rues). Le terme fait référence habituellement à l’art non-autorisé, non-conforme aux initiatives sponsorisées par un gouvernement. Le terme peut inclure des illustrations graffiti traditionnelles, des sculptures, des graffitis au pochoir, le sticker art (autocollants), le street poster art (art de l’affiche), les projections vidéo et le Guerilla art. Typiquement, le terme Street art ou plus spécifiquement post-graffiti est utilisé pour distinguer l’art public contemporain du graffiti territorial — le « tag » —, du vandalisme ou de l’art corporatif.

 

Certains artistes contestent la définition de l’art en le situant dans des contextes non-conventionnels. Les artistes de rue tentent de faire en sorte que leurs œuvres communiquent avec le public sur des thèmes socialement pertinents en conservant un certain esthétisme, sans être emprisonné par ces mêmes valeurs.

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Aujourd’ hui Yann Chatelin  rencontre la  génération montante du Street art au Maroc.

Ils sont graffeurs, peintres muralistes, illustrateurs ou travailleurs culturels; Ils sont surtout bourrés de talent…

Tour d’horizon de cette jeunesse qui remodèle nos villes.

 

D

e son vrai nom Mohammed TOUIRS, ED appartient à cette génération montante de graffeurs marocains qui étale son style et ses idéaux à la bombe. Infographiste originaire de Casablanca, c’est en 2012 qu’il commence à expérimenter le graff après avoir achevé ses études d’art appliqué, au cours desquelles il rencontre celui qui deviendra son partenaire, BASEC:

« Mon école était située dans le quartier de Casa où se réunissaient pratiquement tous les taggueurs de l’époque (trick54, Soul, Unes, Snake…). J’ai eu trop envie de m’y mettre!

 

 

 

 

‘ Mon dessin s’inspire de plus en plus de mon quotidien.  Je croque les gens de la rue…’

 

 

Entretien

Yann Chatelin Vs Mohamed Touirs

 

 

Lorsque que BASEC et toi êtes face à un mur, de quelle façon se coordonnent vos idées pour faire naître un graff?

On est avant tout amis depuis des années et donc vraiment sur la même longueur d’onde,  ce qui facilite les choses. La plupart du temps on travaille  nos sketchs à l’avance sur un carnet d’esquisses, ce qui nous permet d’avoir un lettrage déjà prêt lorsque l’on se retrouve face au mur. Ceci dit, le plaisir est tout de même de laisser  une grande place à l’improvisation pour nos fonds et nos contours. Il m’arrive parfois d’amener ma tablette graphique sur place pour pouvoir faire des essais en numérique avec des lettrages déjà scannés. Elle nous permet de chercher les meilleures compositions et couleurs avant de nous attaquer au mur.

 

Peut-on dire que vous êtes tous les deux installés dans la mouvance « légale » du graffiti?

Pas vraiment…la seule fois où j’ai demandé une autorisation, c’était pour le « meeting of style », un rassemblement de graffeurs que j’avais organisé à Ain Sebaa pour la réalisation d’une fresque très grand format. La plupart du temps on peint dans des spots abandonnés comme des usines ou des voies ferrées, notamment deux sites désaffectées à Berrechid où l’on peut graffer sans être dérangés. Mais l’art du graff évolue au Maroc, donc BASEC et moi participons de plus en plus à des festivals officiels de Street art. Disons que l’on a un pied dans le vandal l’autre dans le légal…

 

As-tu une idée de l’évolution que tu voudrais donner à ton travail?

Depuis un an, mon dessin s’inspire de plus en plus de mon quotidien.  Je croque les gens dans la rue ou pendant mes trajets en tramway,  j’essaye de m’orienter vers davantage de personnages et moins de lettrages. Non pas que je veuille abandonner la lettre, j’adore la travailler, mais pour pouvoir être autorisé à réaliser de grandes fresques en milieu urbain, il faut pouvoir proposer autre chose, se diversifier.

 

Tes artistes musicaux et visuels du moment?

Alphonse Muchat pour ses illustrations et Mobydick pour le son. Si je devais choisir un morceau ce serait “ mou3ella9at “.

 

 

Personnage difficile à décrire tant son parcours est riche et varié, il  passe pratiquement la moitié de sa vie à Barcelone où il côtoie les hackerspaces locaux et ramène certains concepts comme le Summerlab  (laboratoire-atelier croisant les communautés du hacking, de la culture libre et du « Do It Yourself » avec celles de la production collective, locale et participative autour d’ateliers, d’expérimentations, d’échanges et de performances) au Maroc.

Il obtient un master en relations internationales, un autre  en gestion culturelle, un master en traductologie  et une thèse presque terminée!

 

 

“ mais tout çà c’est académique, ce n’est pas ce qui me correspond

En réalité je suis un travailleur culturel, Tout ce que j’ai fait avant, c’ètait de la recherche  “.

 

 

Entretien

Yann Chatelin Vs Salah Malouli

 

YannSalah, tu es l’organisateur de « Jidar », « Sbagha bagha» et  de « la caravane Street art », les trois plus grands évènements de peinture murale au Maroc qui rassemblent chaque année quelques-uns des plus grands noms du Street art international. D’où te viennent tes connections?

 

Salah – Lorsque je vivais à Barcelone en 2008,  je fréquentais beaucoup d’artistes de ce mouvement. C’était des amis et des amis d’amis.

à l’époque Barcelone était une plaque tournante du Street art, je vivais au cœur de cette scène graffiti. Mes connections se sont ainsi faites, entre passion et errance artistique.

 

Comment est né Sbagha Bagha (évènements de peinture murale au Maroc )?

A cette époque avec  ARYZ, B.TOY et d’autres graffeurs de Barcelone, nous rêvions d’un grand ‘road paint trip’  vers le maroc, une idée que nous n‘avons pas concrétisée mais qui continuait d’alimenter une envie profonde de créer un évènement dédié au graff au Maroc.

Quelques temps plus tard, je présente le projet d’un festival de peintures murales à Hicham Bahou, créateur du festival « L’Boulvard » de Casablanca, à qui le concept a immédiatement plu. Il me propose alors de m’associer à l’édition de 2013; c’est de cette façon qu’est née la première édition de « Sbagha Bagha ».

 

Actuellement,  tous tes projets sont au Maroc, as-tu des ambitions particulières pour ce pays?

C’est vrai que depuis Février 2016 mes projets artistiques se concentrent principalement au Maroc, mais parallèlement, je continue à monter de gros projets à Barcelone, notamment avec le musée d’art contemporain.

Je crois que je  n’attache aucune importance à la géographie pour monter un projet, ce sont juste les connections humaines qui définissent un lieu de création et non l’inverse. Finalement ce qui m’intéresse le plus,  ce sont  les rencontres artistiques  et l’intelligence collective.

 Tu reviens d’une résidence artistique

 à Montréal, peux-tu m’en dire plus?

 

Cette résidence avait deux buts :

la recherche et la création artistique.

L’idée principale était d’acquérir des outils que je pourrais réutiliser lors du montage de mes projets.

 

Pour la recherche, j étais en quête de connaissance sur les mécanismes de “l’open source” qui aide à la gestion culturelle (tout ce qui va dans le sens de la culture libre et du bien commun,  découverte de  jardins communautaires, rencontre de collectifs autogérés…).

 

 

Pour la partie création, j’ai collaboré avec Alexandre Castonguay de Montréal avec qui nous avons créé un algorithme qui génère un montage aléatoire d’extraits de films Egyptiens des années 40-50 (énorme période culturelle et politique!) l’idée étant d’offrir à des utilisateurs lambda

la possibilité de transformer  un mot ou un texte sur une interface web en un montage imprévisible.

Ainsi l’utilisateur devient artiste malgré lui  et relègue le concepteur au second plan.

De fait, cette installation pose la question de la place de l’artiste dans le processus créatif.

 

Le nom donné au projet : « Gloumov » fait référence au premier court métrage de Serguei Eisenstein « Le journal de Gloumov ». Considéré au début du XXe siècle comme la première expérience de montage des attractions, il est également le premier manifeste de Serguei Eisenstein en tant que théoricien du cinéma.

 

 

 Tes artistes musicaux et visuels du moment ?

Plutôt une tendance qu’un artiste :

le « cheaptune » qui consiste à hacker des consoles de jeux vidéos pour faire de la techno. Pour citer un artiste, j’aime bien « Rascasse » un jeune groupe de rock fusion Casablancais, ils sont très bons !

 

 

 

Ayoub ABID alias « NORMAL » et Mehdi ANASSI alias « MACHIMA » sont tous les deux graphistes et illustrateurs, valeurs montantes du milieu du street art au Maroc.

 

Entretien croisé Normal et Machima

 

Normal, Machima,  expliquez-moi votre évolution, qu’est ce qui  vous à fait passer du graphisme de l’illustration au Street art?

Normal – Je faisais une résidence avec Salah pour la sortie du premier numéro de « skefkef » (BD regroupant plusieurs illustrateurs marocains)

et c’est là qu’il a vu mes dessins pour la première fois. A ce moment là, je dessinais déjà un peu dans la rue mais ce n’était pas du tout une priorité.

Il m’a alors incité à perfectionner ma technique de peinture murale dans l’optique de m’offrir une place sur un des festivals qu’il organisait. Et c’est ce qui c’est passé. Et puis, comme Mehdi, j’aime le dessin sous toutes ses formes et j’adore expérimenter, c’est donc avec plaisir que je suis passé aux grands murs.

Machima –  Ce sont tous ces nouveaux festivals de Street art qui se sont créés au Maroc qui m’ont donné envie de prendre cette voie. Finalement

le support a peu d’importance pour moi, tablette graphique, papier ou mur, c’est le dessin qui m’intéresse avant tout.

 

 

 

Quelles sont vos inspirations?

Machima – Comme je viens du digital, mon but est d’atteindre le même niveau de dessin que celui que je réalise sur ma tablette graphique. Les artistes qui s’approchent le plus de cette qualité de graff et qui m’inspirent beaucoup sont ARYZ (Espagne) et Sainer et Betz (ETAM CRU Pologne).

Normal – Mehdi m’a piqué ma réponse…

 

De quelle façon chacun d’entre vous aborde-t-il un mur vide?

Normal – Je travaille de plus en plus mes sketchs en amont du graff car je me suis rendu compte que je perdais un temps fou à mes débuts en laissant une grande part à l’improvisation. J’essaie, aujourd’hui,  d’être davantage dans la reproduction d’une illustration déjà travaillée. Ceci dit, je commence à mieux me connaître et je sais que je ne peux pas m’empêcher de laisser une place à l’improvisation!

Machima – Moi aussi je pars d’un sketch assez travaillé, mais je crois qu’il est nécessaire de laisser une bonne part à l’imprévu, surtout lorsque l’espace sur lequel on graff est à chaque fois nouveau, de différente forme, et qui intègre des éléments avec lesquels il faut jouer.

 

Pourquoi le choix de « NORMAL »?

Normal – Au début je trouvais juste que ça sonnait bien, maintenant j’y vois beaucoup d’interprétations. Je crois qu’inconsciemment, il y a plusieurs raisons de garder ce nom.

Quand des passants m’interpellent dans la rue lorsque je peins, ils me disent souvent que mon travail est bizarre et qu’ils ne comprennent pas toujours très bien! On m’a même dit une fois que ça n’était pas normal de faire ça!

Du coup, je pose la question: qu’est ce qui est normal et  qui ne l’est pas? Où se trouve la norme?

Cette idée me plaît.

 

Et « MACHIMA »?

Machima – Machima veut dire placenta en arabe mais c’est un hasard. à l’origine mon idée était de me rendre inexistant par mon nom. Ce n’est pas évident à expliquer ! En arabe « MACHI» signifie « pas de » et M.A sont mes initiales. Mon nom d’artiste veut donc dire « pas de Mehdi Anassi ». C’est un clin d’œil aux artistes graffiti qui souhaitent, rester anonymes. Ceci dit, j’aime aussi l’interprétation du placenta, cet espace de création qui donne vie à quelque chose.

 

ED, NORMAL et MACHIMA, à la façon d’un collectif, ils vous arrivent très régulièrement de graffer un mur à six mains, pourtant vous ne vous définissez pas comme tel, pourquoi?

Normal – C’est vrai, on en parle souvent avec ED et MACHIMA; Je pense que pour pouvoir se définir comme un collectif, on doit travailler sur un lien qui nous unit artistiquement.

Aujourd’hui, on en est encore au stade du développement, on essaye de trouver des terrains communs. Mais l’important est de passer des heures à peindre ensemble; s’il nous manque juste un nom de collectif pour concrétiser notre synergie, on le trouvera. On ne veut pas brûler les étapes mais attendre le bon moment.

Propos recueillis par Yann Chatelin